Volet 1. L'armée et les soldats Partie 1.1. Préparer et mener la guerre Chapitre 1.1.1. Les moyens humains Chapitre 1.1.2. Les moyens structurels Sous-chapitre Garnisons et cantonnements Sous-chapitre Armement Sous-chapitre Transports et moyens de communication Sous-chapitre Justice militaire Sous-chapitre Maintien de l'ordre Chapitre 1.1.3. Les forces et les opérations militaires Partie 1.2. Être soldat Volet 2. L'arrière et les civils Volet 3. L'après-guerre et la mémoire

Colombophilie

Une instruction du ministère de la Guerre en octobre 1913 règle l'exercice des pouvoirs de police de l'autorité militaire sur le territoire national en état de siège : son article 6 concerne la surveillance des personnes et la lutte contre l'espionnage. Dans le climat d'espionnite qui se développe à compter de l'été 1914, un renforcement des contrôles et un durcissement des mesures à l'égard des ressortissants des puissances ennemies ainsi que la recherche des espions potentiels prennent une place spécifique dans les missions des forces de l'ordre. La gendarmerie bénéficie en ce domaine de sa proximité avec la population, grâce au maillage dense de brigades, disséminées dans tout le département. La population fournit nombre de renseignements, parfois suite à ce qui relève de la délation. Celle-ci trouve souvent son origine dans des rancoeurs de voisinage, des soupçons rarement fondés dans un contexte où la méfiance vis-à-vis des étrangers se renforce : les Allemands et ceux qui leur sont assimilés en sont les principales victimes. Dès les premières heures du conflit, les Bretons vivent dans la crainte d'un possible débarquement allemand en Bretagne ou sur le littoral normand. C'est dans ce contexte de guerre qui a pour répercussion un afflux important de populations déplacées aux statuts divers (réfugiés, prisonniers civils et de guerre) modifiant la physionomie des campagnes et des villes que s'effectue la traque aux agissements douteux (par le biais de la colombophilie, l'un des moyens de communication des espions tout comme les signaux lumineux). La circulaire du 4 octobre 1887 du ministère de l'Intérieur fixe les dispositions à prendre à l'égard des pigeons voyageurs. Ainsi les oiseaux capturés « dont l'attache étrangère pourrait être constatée, ou ceux dont l'origine resterait douteuse, devraient être mis à la disposition de l'autorité militaire locale [formation colombophile militaire la plus proche] et à son défaut, au commandant de la gendarmerie pour être envoyé au général, commandant la subdivision ».

Les points de lâcher pour l'entraînement des pigeons voyageurs des sociétés colombophiles civiles sont régis par l'autorité militaire à laquelle incombe avec le concours des agents des forces de l'ordre la surveillance des pigeons voyageurs en temps de guerre. L'ouverture d'un colombophile nécessite une demande d'autorisation à la préfecture : la moralité du demandeur ainsi que sa situation militaire sont surveillées. La loi du 22 juillet 1898 impose un recensement de ces oiseaux dans l'ensemble des communes par les soins des municipalités.

Sur les champs de bataille, les pigeons voyageurs assurent la liaison essentielle entre la troupe en 1re ligne et le commandement derrière le front pour assurer une action efficace et coordonnée. Ils apportent des renseignements précieux dans un délai relativement court sur la progression allemande, la situation des troupes engagées. Ils sont un palliatif indispensable aux nouveaux moyens de transmission utilisés par les unités militaires (télégraphe, téléphone) sur le terrain qui sont très souvent mis hors d'usage par les bombardements. Le pigeon voyageur dispose d'aptitudes appréciées : instinct d'orientation, rapidité de déplacement, endurance. Entre 1917 et 1918, un emploi intensif des pigeons résulte des demandes des unités militaires (troupes, marine, aviation).

Dans l'agriculture, les fientes des pigeons servent alors d'engrais et les oiseaux améliorent l'ordinaire des chaumières. En période de guerre pour lutter contre le nombre grandissant de pigeons abattus au cours de la période de chasse, la circulaire ministérielle du 8 octobre 1917 est affichée dans toutes les mairies : elle rappelle à tous les citoyens le délit que constitue la capture de ces animaux (loi du 4 mars 1898). Ce besoin de protection s'explique car les sociétés colombophiles sont les principaux fournisseurs de l'armée. Pour les reproducteurs, le travail de sélection de certaines races de pigeons voyageurs envisagée dès 1875 par le biais des concours civils se trouve en péril devant les réquisitions militaires et les pertes subies par la chasse et le braconnage.




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