Volet 1. L'armée et les soldats Partie 1.1. Préparer et mener la guerre Chapitre 1.1.1. Les moyens humains Sous-chapitre Recrutement Sous-chapitre Mobilisation Sous-chapitre Formation Chapitre 1.1.2. Les moyens structurels Chapitre 1.1.3. Les forces et les opérations militaires Partie 1.2. Être soldat Volet 2. L'arrière et les civils Volet 3. L'après-guerre et la mémoire

Marins : l'inscription maritime

La base de recrutement de la Marine nationale est restée au XIXe siècle celle de l'inscription maritime, héritière du système des classes institué par Colbert en 1668. Ce mode de recrutement concernait les jeunes gens âgés de 18 ans et ayant déjà acquis, pour la majorité, une expérience de navigation dans la marine de commerce ou dans la pêche. Le règlement du 7 novembre 1866 définit les rouages de l'institution. Le littoral de la France reste divisé en arrondissements, quartiers et syndicats. Un commissaire de l'Inscription maritime est nommé à la tête de chaque quartier. Il est secondé par des administrateurs dans les sous-quartiers et des anciens marins dans les syndicats.

A la suite de la guerre de Crimée (1852-1856), un décret de 1860 modernise le système pour répondre aux conditions d'une navigation civile en plein essor économique (grand commerce maritime, développement du cabotage sur les côtes européennes) et au renouvellement technique des navires (mécanisation). Ce texte fixe à six ans le temps de service actif des inscrits, qui doit être effectué entre l'âge de 20 et de 26 ans : sauf cas de guerre contre une grande puissance navale, le service ne concerne plus l'ensemble des inscrits. Passée cette période de six ans, les inscrits revenaient dans la marine de commerce ou de pêche, sauf ceux qui avaient choisi d'accomplir leur carrière dans la marine de l'État.

Les équipages de la flotte sont aussi recrutés au moyen d'engagements volontaires et d'affectation de conscrits (de l'armée de terre) dans l'armée de mer. La loi de 1872 prévoyait qu'en cas d'insuffisance du recrutement maritime, un pourcentage du contingent de chaque canton pourrait être affecté d'office dans la marine.

La loi du 24 décembre 1896 assouplit davantage les obligations des inscrits, qui se rapprochent peu à peu du service militaire des « terriens », notamment lorsque la loi Freycinet du 15 juillet 1889 établit pour ces derniers la conscription universelle, en supprimant le tirage au sort et le remplacement. Les inscrits maritimes servent l'État plus longtemps que les conscrits : cinq ans au lieu de trois vers 1900.

Au début du XXe siècle, le système de l'inscription maritime est contesté notamment par une partie de l'état-major de la marine de guerre. La masse des inscrits, composée de petits pêcheurs, ne correspond plus véritablement aux besoins de la flotte de l'État. Les cuirassés exigent un personnel technique qualifié qui n'a plus grand-chose à voir avec celui des vaisseaux à voile. Ces techniciens sont bien souvent recrutés en dehors du système de l'inscription maritime : ainsi en 1914, les inscrits ne fournissent plus que la moitié des effectifs de la flotte. Ce système doit toutefois permettre à la marine de guerre de disposer, dès les premières semaines d'un éventuel conflit avec l'Allemagne, de chauffeurs des paquebots pour faire traverser la Méditerranée aux unités de l'Armée d'Afrique.

Si les combats navals sont peu nombreux durant la période du conflit, les marins mobilisés pendant la Première Guerre mondiale servent sur des navires pour le transbordement de l'Armée d'Afrique mais également sur des bateaux de guerre dans le cadre de la lutte contre la guerre sous-marine et du convoi des navires de commerce et participent au blocus des forces navales ennemies.

L'Inscription maritime est supprimée par la loi du 9 juillet 1965, qui réorganise le service national.

Pour retracer la carrière des inscrits maritimes, le lecteur dispose comme ressources, outres les rôles d'équipage, des registres matricules provenant des fonds de l'administration chargée de l'inscription maritime. Le registre matricule est un document de base puisqu'en plus du signalement et de l'état civil de chaque marin, y sont mentionnés des renseignements sur sa carrière au commerce ou à la pêche et sur ses services à l'État (embarquement, nom du bâtiment, nature de la campagne, éventuelles blessures et décorations, voir jugements). Chaque catégorie de personnel (capitaines, maîtres, pilotes, matelots, novices, mousses, hors de service, ouvriers¿) constitue une série de registres particulière. On distingue les inscrits provisoires (mousses novices ou apprentis) qui, en raison de leur âge, ne sont pas encore astreints au service, puis, à partir de l'âge de 18 ans, les inscrits définitifs (officiers mariniers et matelots, ouvriers). Un marin peut continuer sa carrière jusqu'à être breveté pilote, maître au cabotage ou capitaine au long cours. A défaut, il la termine dans les "hors de service" qui, ayant atteint l'âge limite ou du fait de leurs infirmités, sont exemptés de service. Pour suivre un individu, il faut donc consulter plusieurs registres, d'autant que les matricules sont périodiquement renouvelées et les individus réinscrits à chaque fois. Il y a généralement un système de renvois d'un registre à l'autre.

Pour retrouver les traces d'un inscrit maritime, il faut connaître le quartier dont relevait son domicile. A défaut du domicile, la recherche peut s'effectuer à partir du lieu de naissance, de mariage ou de décès.

L'organisation territoriale est la suivante :

* Quartier de Cancale :

- Syndicat du Vivier : Antrain, La Fontenelle, Cuguen, Combourg, Bonnemain, Sougéal, Vieux-Viel, La Boussac, Broualan, Pleine-Fougères, Sains, Saint-Georges-de-Gréhaigne, Roz-sur-Couesnon, Saint-Marcan, Saint-Broladre, Cherrueix, Baguer-Pican, Epiniac, Baguer-Morvan, Roz-Landrieux, Dol, Mont-Dol, Le Vivier-sur-Mer, Hirel, La Fresnais, Saint-Benoît-des-Ondes.

- Syndicat de Cancale : Saint-Méloir-des-Ondes, Cancale, Saint-Coulomb.

* Quartier de Dinan :

- Syndicat de Dinan-Est : Saint-Pierre-de-Plesguen, Tressé, Lanhélin, Meillac, Plesder, Pleugueneuc, La Chapelle-aux-Filtzméens, Trévérien, Saint-Thual, Longaulnay, La Baussaine, Tinténiac, Saint-Domineuc, Québriac, Romillé, Irodouër, Cardroc, Saint-Pern, Bécherel, Médréac, Bédée, Montfort-sur-Meu, Talensac, Iffendic, Quédillac, Saint-Méen-le-Grand, Muel, Gaël.

* Quartier de Saint-Malo :

- Syndicat de Saint-Malo : Paramé, Saint-Malo.

- Syndicat de Saint-Servan : Saint-Jouan-des-Guérets, La Gouesnière, Saint-Servan.

- Syndicat de Saint-Suliac : Saint-Père, Saint-Suliac, La Ville-ès-Nonais, Châteauneuf, Saint-Guinoux, Lillemer, Plerguer, Miniac-Morvan.

- Syndicat de Pleurtuit : Le Minihic-sur-Rance, Pleurtuit, La Richardais.

- Syndicat de Dinard-Saint-Enogat : Dinard-Saint-Enogat.

- Syndicat de Saint-Briac (supprimé en 1919) : Saint-Lunaire, Saint-Briac.

* Quartier de Vannes :

- Redon, Bains

Des registres matricules concernant du personnel administratif (inspecteurs des pêches, syndics, gardes maritimes, commis, guetteurs sémaphoriques,...) sont également conservés dans le fonds de l'inscription maritime en sous-série 4 S aux Archives départementales d'Ille-et-Vilaine pour les sous-arrondissements maritimes suivants : Nantes [4 S 10622-10624], Le Havre [4 S 10625], Rochefort [4 S 10626-10628], Bordeaux [4 S 10629-10631], Marseille [4 S 10632-10635] et Toulon [4 S 10636-10639].



Plan de l'ensemble


Boite à outils

DANS LE GUIDE DES SOURCES

Sur cette thématiques des marins, les chapitres complémentaires sont les suivants :

- dans le volet 1 : marine (notamment les registres de correspondance des quartiers maritimes, les dépêches ministérielles et autres documents d'organisation, ainsi que les registres de contrôle).

MEYER (Jean) et ACERRA (Martine), Histoire de la marine française des origines à nos jours, Rennes, Editions Ouest-France, 1994.

VILLIERS (Patrick) et CULERRIER (Pascal), « Du système des classes à l'Inscription maritime : le recrutement des marins français, de Louis XIV à 1952 », Revue Historique des Armées, n° 147, 1982, p. 45-53.


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